La vie algorithmique

La vie algorithmique – Intervention

Critique de la raison numérique de Eric Sadin

Ouverture : Un monde parfait

« Vous dormez paisiblement au cœur de la nuit. Dans le froid de l’hiver le système de chauffage autosuffisant de votre chambre se module en fonction des conditions climatiques extérieures et de votre présence détectée par un capteur ad hoc. La température ambiante s’élève à 12°, c’est votre couette intelligente qui s’assure ici du relais de votre confort thermique ».

Nous sommes tout de suite dans l’ambiance…car c’est ainsi que Eric Sadin débute son livre intitulé « la vie algorithmique ».

L’auteur veut nous sensibiliser au mouvement de numérisation qui gagne aujourd’hui des pans de plus en plus étendus de notre vie par l’extension des capteurs et des objets connectés.

Notre vie deviendrait-elle algorithmique ? Et qu’est-ce qu’un algorithme ? La définition qui nous en donnée est une suite d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre un problème ou d’obtenir un résultat. Entreprise qui cherche les meileurs prix pour un w.e. de dernière minute. Le mot algorithme vient du nom d’un mathématicien perse du ixe siècle. On retrouve aujourd’hui des algorithmes dans de nombreuses applications telles que le fonctionnement des ordinateurs, la cryptographie, le routage d’informations, la planification et l’utilisation optimale des ressources, le traitement d’images, le traitement de texte, la bio-informatique, etc. La bio-informatique : « champ de recherche multidisciplinaire où travaillent de concert biologistes, médecins, informaticiens, mathématiciens, physiciens et bio-informaticines »

En ouverture du livre, est décrit un certain nombre de situations qui témoignent de ce qu’est ou pourrait être le déroulement de la journée d’une personne en activité professionnelle depuis son lever jusqu’à son coucher. Nous ne vous relaterons pas tout mais quelques extraits à partir du moment où la personne va se rendre à son travail : « une annonce vous avertit de vous vêtir ; vous rejoignez à grand pas votre dressing room. Plusieurs associations combinatoires visuelles jugées appropriées, s’exposent sur votre mur-pixel : par formulation vocale vous stoppez l’une d’elles que vous suivez des pieds à la tête. Vous enfilez votre manteau cachemire, passez la porte d’entrée qui se referme à triple tour dès le seuil franchi par signalement photoélectrique de votre passage. Le dispositif a déjà prévenu l’ascenseur dans lequel vous pénétrez à l’instant vous conduisant de lui-même grace à sa connaissance intégrée de vos habitudes à vitesse opti­male vers le rez-de-chaussée.

Au bas de l’immeuble, votre voiture connectée à l’agenda et à la puce GPS implantée dans l’une de vos molars se range le long du trottoir. La porte arrière s’ouvre : vous pénétrez à l’intérieur, vous vous asseyez sur le tatami (tapis de sol). La musique se met en marche, la voiture s’élance sur l’avenue, vous entamez votre séance de yoga. Durant le trajet, votre coach personnalisé analyse chacun de vos mouvements, vous conseille de vous allonger sur le dos et de vous adonner à l’ exercice usuel de respiration. Le système embarqué entrevoit la formation soudaine d’une congestion du trafic sur un point de l’itinéraire projeté, décide de rallonger le parcours et d’emprunter la voie express vers le nord pour ensuite rejoindre l’ouest de la ville par une série de rues étroites mais fluides à cette heure. Parvenu au siège de votre compagnie, vous sortez du véhicule qui déjà repart vers une place de parking affectée en temps réel en fonction des disponibilités repérées dans la zone environnante via les capteurs tagués sur les places de stationnement reliés au pro­tocole municipal de régulation des flux urbains.

Sur la façade-écran du building, vous apercevez les prévisions météo à deux semaines, les différents indices de pollution sur le secteur ainsi que le nombre et le sexe des personnes présentes à chacun des étages. Le système de reconnaissance faciale vous authentifie : actionne la porte de verre coulissante, notifie dans le même mouvement l’heure de votre arrivée sur le serveur de la direction des ressources humaines. Le senseur thermique inséré au dispositif établit la température de votre corps à 37,2 “C, measure aussitôt cornmuniquée à l’unité de suivi épidémiolo­gique régionale, simultanément traitée par divers groupes phar­maceutiques en charge de la production de vaccins antigrippe. Et ainsi de suite….Nous terminerons la journée par le coucher : vous vous mettez au lit : la matelas intuitif entreprend un massage approprié qui favorise peu à peu votre assoupissement. Le système de gestion automatisée de l’habitat reçoit l’information de votre endormissement, lance le procédé de purification nocturne de l’air, vous souhaite d’une voix tamisée ou subliminale “que cette nuit vous soit douce et vous apporte un repos salutaire”.

Introduction Le monde au prisme des données

Ce descriptif est déjà à l’oeuvre. Il est le résultat d’un ensemble de données récoltées qui permettent de produire, des conseils, des suggestions ou des alertes individualisées. La prolifération des données est ininterrompue et elle est exponentielle. Tout cela est résumé dans deux mots : “le big data” .

Il s’agit d’un concept permettant de stocker un nombre indicible (indéterminable tant c’est extraordianire) d’informations sur une base numérique. Cette appellation est apparue en octobre 1997. Littéralement, ces termes signifient mégadonnées, grosses données ou encore données massives. Ils désignent un ensemble très volumineux de données qu’aucun outil classique de gestion de base de données ou de gestion de l’information ne peut vraiment travailler. En effet, nous procréons environ 2,5 trillions d’octets de données tous les jours. Ce sont les informations provenant de partout : messages que nous nous envoyons, vidéos que nous publions, informations climatiques, signaux GPS, enregistrements des transactoions d’achats en ligne et bien d’autres encore. Ces données sont baptisées Big Data ou volumes massifs de données. Les géants du Web, au premier rang desquels Yahoo (mais aussi Facebook et Google), ont été les tous premiers à déployer ce type de technologie. Une autre définition : « volumes trop massifs pour être manipulés ou interprétés par des méthodes ou des moyens usuels ».

L’unité de base est l’octet qui renvoie aux débuts de l’informatique. On est passé ensuite au kilo octets (capacité des premiers ordianteurs). Puis, les mega octets permettant par exemple d’enregistrer et de conserver des données sur disques durs. Puis, nous avons eu les gigaoctets vers l’an 2000 qui ont permis l’accès à l’image animée, à la video, etc…

Puis, nous avons eu le teraoctets avec une possibilité de stockage phénoménale, le pétaoctets avec encore plus de stockage puis l’exaoctets (1 milliard de gigaoctets) et le zataoctets qui correspond à une unité de mesure astronomique destinée à circonscrire la totalité des données générales ou stockées sur l’ensemble de la planète.

Enfin, le yotaoctets dont il est difficile de se figurer les quantités car elles défient les structures actuelles d’intelligibilité. Ce mouvement de numérisation a conduit à un archivage accessible et exponentiel par suite de l’augmentation des sites, du nombre d’internautes.

Quand on se sert de son ordinateur, on constate que les objets achetés ou simplement consultés vous suivent au cours de vos pérégrinations sur le net.

De plus, l’usage de la géolocalisation, l’implantation de capteurs à même les objets multiplient la récolte des données.

Bref, c’est une floraison de données avec les conversations téléphoniques, transmissions de messages, achats par internet, transactions bancaires, les impôts, la sécurité sociale, etc… Sans compter les trajets de personnes, les images de vidéo surveillance, la physiologie des corps via les bracelets connectés, les indications relatives aux conditions météo, à la qualité de l’air, au trafic routier.

Chaque minute ce sont des centaines de milliers de tweet, des dizaines de millions de SMS, des centaines de milliers de mails.

Les activités ne générant pas de données deviennent de plus en plus rares, même celles qui relèvent de l’intime. En raison du port de dispositifs intégrés au corps, il sera possible, par exemple, de quantifier l’attrait émotionnel ou physiologique de deux corps engagés dans une relation sexuelle.

Google a un rôle majeur dans la collecte des données. Il administrerait 24 petaoctets soit l’équivalent à 1000 fois la quantité de documents imprimés conservés à la Bibliothèque du Congrès de Washington sans parler dans le domaine de la sécurité de la puissance de stockage des données pour des institutions telles que –aux Etats-Unis toujours- l’Agence Nationale de Sécurité Américaine, qui apparaît sans limites.

Tout cela génère

Un horizon économique :

le commerce en ligne,
le fonctionnement interne et externe des entreprises pour améliorer la productivité,
la gestion des stocks,
l’adaptation au comportement des consommateurs.
le markéting ayant en vue l’instauration d’une « relation client » établie sur le suivi ininterrompu et individualisé des comportements afin d’être en parfaite adéquation avec les désirs et besoins présents
c’est l’habitat qui sous le couvert de « maison connectée » est appelé à transmettre des informations relatives la consommation d’énergie, les habitudes des occupants supposés bénéficier en retour de services modulés, adaptés à leur vie domestique ou intime.

La vérité rationalisante du numérique

A travers le numérique on veut réaliser un rêve : la libre circulation horizontale de l’information (grâce à l’interconnexion universelle, Internet va aplanir les organisations, mondialiser la société, décentraliser l’autorité et favoriser l’harmonie entre les êtres humains) ; Mais on n’avait pas voulu le dire au départ, c’est que des groupes industriels tels que Google et Amazon ont forgé leur activité sur la plus intense exploitation commerciale de l’internet et le suivi des navigations des utilisateurs.
Alors que l’on supposait une horizontalisation des échanges, un ordre pyramidal s’est dressé dans l’indifférence avec des acteurs oligopolistiques (qui ont une position dominante). Les usagers ne se sont pas rendu compte tout de suite de la pénétration et de la mémorisation des comportements. Ils ont du se rendre à l’évidence. Le système a pris une dimension qui aura contribué à soutenir la rationalisation sans cesse intensifiée des sociétés. Et toujours pour notre bien !

Théories politiques et éthique de la technique

A partir de là, l’auteur établit un lien entre le politique et le technique en souhaitant une analyse minutieuse entre le pouvoir et cette technique afin de dégager une éthique consistant non pas à un examen moral jugeant du bien et du mal mais de voir ce qui favorise la réalisation individuelle et collective et au contraire, ce qui l’étouffe ou l’annihile. Il y a bien un jugement de valeur bien ou mal.

L’auteur aborde ensuite dans un grand chapitre Intitulé la

La totalisation numérique. plusieurs questions

1- La puissance rationalisante des nombres. Il s’engage dans un historique montrant que la recherche a toujours poussé à la recherche du gain de temps, soit une plus haute productivité. (le plus grand nombre de choses en un minimum de temps)

  • En 1960, apparaissent de volumineux calculateurs. En 1970, ce sont les premiers ordinateurs personnels, les premiers C.D. on passe de l’image fixe aux caméras etc…
  • Il est aussi permis depuis son ordinateur d’avoir accès à de multiples supports de textes, d’éléments sonores ou autres en continuelle extension.
  • S’ouvrait d’un seul coup un accès virtuel infini aux savoirs du monde et engendrait un enthousiasme généré par le sentiment d’une émancipation individuelle et collective fondé sur la disponibilité des biens culturels, la libre expression des personnes et l’horizontalisation des échanges ; mais cela s’accompagne de transformation en information de chaque élément du réel par l’implantation massive et tous azimuts de capteurs. C’est donc

l’ère des capteurs

Ils sont destinés à recueillir des informations de toute nature appelées à terme à constituer la source majoritaire de la production globale de données ;

L’industrie s’engage dans un processus qui met en place des puces le long des différents points de fabrication, différents points de production, robot de fabrication, postes de travail, entrepôts, emballages, palettes, unités de transport, etc.…

  • Les espaces urbains sont ponctués de renifleurs pour analyser la qualité de l’air, les taux de pollution, les indices de radio activité, etc.….
  • Les parkings taguent peu à peu les places de stationnement en vue du signalement de leur état de disponibilité.
  • Hors des villes, il y a les vaches connectées qui signalent par l’envoi d’un avertissement par SMS, leur situation hormonale et avertissent que c’est le moment de procéder à l’opération de reproduction.
    IBM élabore un dispositif de sécurisation des bureaux en imprégnant le sol de capteurs en vue de la détection des chutes, du suivi des parcours,, le signalement d ’une présence ou d’intrusion malveillante.
  • Est évalué, toujours grâce à des capteurs, la capacité d’un conducteur à prendre la route : en conservant une pochette intelligente permettant de vérifier que vous vous alimentez à la bonne vitesse et au bon moment de manière à ne pas perturber la digestion.
  • Se pointe un horizon nanométrique (à l’échelle du nanomètre cad le millionième de milimètre) avec le recouvrement de la totalité des surfaces sous forme de peinture, de pellicules apposées sur les machines-outils, les véhicules, les avions, les immeubles, ponts etc.…
  • A partir de là, il y a une collecte des indications relatives aux usagers, à la fréquentation, à l’usure. On pourrait arriver à une sorte de « technisation achevée de la nature » totalement enveloppée ou infiltrée de dispositifs de captation informationnelle..

Tout conduit à générer une

3. interopérabilité universelle à visée intégrale

sorte de datafication. Nous entrons une configuration totalisante où il n’y a plus, potentiellement de case vide

Nous ne mesurons pas encore toute la portée de cette évolution.

 

La datafiction :

toujours pour notre bien veut que le monde s’institue comme une sorte de méta-donnée unique et universelle, permettant, grâce à l’exactitude algorithmique, d’avoir une emprise, une maîtrise sur le cours des choses.

La dimension performative des Data

A ce titre, je donnerai un exemple à partir d’une brève focalisation sur la plateforme Amazon qui permet d’observer le déploiement d’un processus qui recherche le traitement à flux tendus de masses de données. Il faut dire que le stockage de marchandises est limité et couteux d’où la recherche d’une adéquation permamente entre l’offre et la demande.

Nous faisons une visite ou une commande en ligne. Trois types d’information sont générés : d’abord la connexion sur le site va permettre « d’avoir une connaissance de la nature de leur consultation, un lien sera fait avec avec les passages précédents sur le même site ou sur d’autres via les cookies ou « mouchards» implémentés au sein des navigateurs. Ensuite, chaque achat est « pris en main» par des agents immatériels qui vont traiter au mieux en fonction de la localisation du client et des références disponibles, déclenchant soit un ordre auprès d’un fournisseur, soit une alerte dans un entrepôt identifié, qui occasionnera sur place toute une série d’actions : déplacements des marchandises dans les espaces, sélection des articles, emballage et envoi des marchandises … Opérations qui enfin généreront divers cycles de renseignements traités à diverses fins : mesure de l’état des stocks, délai et qualité de la livraison, évaluation de performance du personnel, commentaire des clients. Vont en engendrer d’autres concernant l’organisation générale de la logistique matérielle et humaine à l’intérieur d’une large boucle où les données et les gestes ne cessent de se répondre ou de s’engendrer les uns les autres.

Cette numérisation entraîne l’avènement d’une nouvelle anthropologie (étude de l’être humain sous tous ses paspects) dédéterminée, guidée par des logiques qui ordonnent –nous dit l’auteur- une marche de plus en plus globale du monde.

I Puissance et usages de Big Data

Le Data marketing

L’objectif est d’identifier identifier des cibles plus restreintes, individuelles afin de suggérer en retour des offres supposées les plus adaptées grâce à la récolde des masses de données globales, grâce à des super calculateurs. A partir de là, nous comprendrons que la publicité est destinée à disparaître.

Une logistique délivrée de la pesanteur

Tout cela vise la réduction des coûts.

A partir des années 1980, les tâches répétitives ont été automatisées afin d’obtenir les meilleurs ratios.

Ainsi, les unités de fabrication sont reliées par une sorte de cerveau qui va permettre de mettre en œuvre une logistique délivrée de la pesanteur, cad de tout ce qui peut peut nuire à la rapidité des traitements.

Smart Cities : La ville au filtre algorithmique

Le smart city relève d’une croyance qui offrirait une expérience facilitée de la ville, une fluidification de ses flux et une plus haute sécurisation générale.

Les politiques sont convaincus que l’imprégnation tous azimuts de « couches d’intelligence » contribuerait à ériger un ethos social (mot grec qui signifie le caractère habituel, la manière d’être, les habitudes d’une personne). davantage productif et « harmonisé ».

La ville de New Songodo City en Corée du Sud est un exemple extrême établi sur le principe théorique d’une mise en réseau dynamique de l’ensemble de ses corps organes ou matériels. Initiative majoritairement menée par des consortiums privés, qui arguent de sa valeur au nom de la «durabilité » des structures et de leurs prétendues propriétés écologiques, alors qu’elle correspond prioritairement à l’édifi­cation de gigantesques programmes immobiliers ou de zones résidentielles luxueuses s’apparentant à des gated communities, à l’instar de celles construites à Masdar City (Abu Dhabi).

Le primat de la ville dite « intelligente» qui repose sur le constat que la quasi-totalité de ses résidents, infrastructures et services ne cessent de générer des volumes astronomiques de data, devant dans le même mouvement être exploités en vue de conduire à de «meilleurs» ou de nouveaux usages. Pour y parvenir : cinq dispositifs :

1 une architecture réseau fiable (câbles en fibre optique, antennes téléphoniques 3/4/5G. points de con­nexion Wi-Fi);

2 capteurs partout disséminé récoltant et trans­mettant toutes sortes d’informations;

3 serveurs et systèmes traitant les flux de données;

4 smartphones géolocalisés munis de leurs applications, à l’aide desquelles se consultent ou s’uti­lisent la plupart des fonctionnalités;

La ville s’organise en temps réel, principalement via des procédés auto­matisés de collecte de données et de régulation des situations : ajustement des réseaux de transports en fonction des besoins ou de la météo ; tarifs modulés selon la fréquentation; feux de signalisation accordés aux flux de circulation; production et distribution énergétiques fixées suivant la demande et les disponibilités du moment … C’est encore le pilotage « à vue» des infrastructures- les conditions d’accès plus ou moins personnalisées à ses différents services. C’est une configuration générale qui offre en outre la possibilité aux citadins de « faire remonter» toutes sorte de renseignements, afin de favoriser une administration davantage « horizontalisée » et « participative»: signalement d’un accident, de caniveaux bouchés, d’un éclairage ou du matériel défectueux, de nids-de-poule sur la chaussée grâce à des applications dédiées supposées déclencher dans des délais plus ou moins brefs l’intervention des unités concernées.

L’idée est de rompre toute séparation jugée infructueuse entre les instances décisionnelles et les cioyens, afin de réaliser un par­tage mutualisé et dynamique des informations. Mais il n’est pas toujours saisi que ce sont de nouveaux intermédiaires qui prioritairement exploitent ces informations. Car, au-delà de tous les discours vantant l’avènement d’une ville partout «fonctionnelle et fluide », le cœur de ce mou­vement est principalement mû par des intérêts strictement com­merciaux. Sans caractère spectaculaire, nous sommes dans une gigantesque opération de privatisation de l’ espace urbain mais sous des modalités inédites.

De nombreuses villes de la planète se sont engagées depuis les années 1980 dans des processus d’intensification de la voca­tion marchande de leurs espaces, notamment la prolifération urbaine ou périurbaine de vastes centres commerciaux.

L’aéroport contempo­rain représenterait le cas de figure le plus extrême de la transformation en zone cornrnerciale de la quasi-intégralité de ses surfaces, procédant en outre à des transferts de charges réga­liennes à des sociétés privées, telles certaines fonctions liées à la sécurité par exemple.

Désormais le monde désintéressé de la res publica et celui éminemment intéressé du monde éco­nomique se confondent au sein de mêmes dispositifs techniques unifiés, destinés à distribuer d’après la plus haute efficacité fonc­tionnelle et productive l’ ensemble des forces humaines et matérielles.

A titre d’exemple, Disney a implémenté un nommé MyMagic+ dans son parc à thème d’Orlando en Floride, qui équipe les visiteurs de bracelets connectés à l’ effigie de Mickey Mouse, dont les loca­lisations et les trajets sont visibles sur des diagrammes, permettant de moduler à flux tendus les différentes attractions ou la com­position des unités de personnel en fonction des taux de densité présents ou projetés. Dispositif qui conduit en outre à accueillir chaque client sur les différents secteurs ou points de vente par l’usage de son prénom. Ainsi, la confi­guration générale mise en place par Disney vise la per­sonnalisation pour un plus grand nombre de transactions commerciales afin d’obtenir un surcroît de gain, conformément au proces­sus de rationalisation croissant et insensible qui inspire la« ville intelligente mise au service de ses habitants». Ce n’est pas que le pouvoir d’un maire ou d’un conseil municipal s’amoindrit, c’est que les schémas qui peu à peu structurent les métropoles, quelles que soient les orientations politiques, sont soumis aux mêmes visées d’optimisation algorithmique de toute circons­tance de la vie individuelle et collective.

L’objectif dans un proche avenir consistera à multiplier les services et à faire en sorte que la majorité d’entre eux soient interconnectés, chacun générant des informations susceptibles d’enrichir les autres, alimentant une large architecture automatisée capable d’interpréter la quasi-totalité des situations et de réagir instantanément.

Ainsi s’impose l’idée selon laquelle toutes ces actions responds aux aspirations naturelles des individus alors que ces logiques dictent, subrepticement, les conditions générales et particulières de nos existences. L’auteur aborde la question de la mèdecine.

4.Une médecine des données

L’auteur fait un résumé historique des progrès de la médecine, des modalités de sa progression et de sa conception. En dernier lieu, on agit lorsque qu’apparaissent les pre­miers symptômes d’une pathologie, ou à l’ occasion de contrôles réguliers que la médecine du XXème siècle aura incité à systématiser le long des différentes étapes de l’existence, (par exemple, les mamographies, le dépistage du cancer du colon….. La médecine va devenir celle des données au profit d’une continuelle évaluation de notre santé, favorisée par les développements de la bio-informatique- qui produit cinq déplacements majeurs.

C’est d’abord un suivi continu de la condition physiologiques qui s’opère, via les capteurs posés à même la peau permettant de connaître la situation de l’individu. C’est encore une hyper­individualisation des traitements, grâce à une connaissance approfondie des pathologies conduisant à l’élabo­ration de thérapies toujours plus adaptées et précisément ciblées. C’est une médecine génétique prédictive qui émerge, qui, par des procédés complexes de traitement informationnel statistique, abandonne l’exercice curatif pour privilégier l’adop­tion de conduites hygiéniques ou de stratégies thérapeutiques destinées à prévenir en amont l’éclosion d’affections annoncées. Par cette mise en réseau mutualisée des informations, il devient possible d’avoir une connaissance approfondie des pathologies. C’est enfin un diagnostic automatisé qui peu à peu se constituer, via des systèmes composés d’algorithmes ad hoc agrégés aux dossiers individualisés et alimentés par un savoir multisources sans cesse plus documenté et constamment évolutif.

Toutes les évolutions de notre corps seront connues, via les smartphones et autres montres ou bracelets connec­tés équipés de capteurs, qui mesurent la temperature, la tension, le taux de diabète, le degré d’hydratation, la qualité du sornmeil, autant d’information susceptibles d’être analysées en temps réel par des médecins traitants ou des unités médicales. Quelques exemples : la montre Oxitone évalue le niveau d’oxygène sanguine ainsi que la fréquence cardiaque, dont les indications croisées peuvent témoigner de l’imminence d’infarctus, et émet des alertes en cas de résultats critiques. L’entreprise canadienne OMsignal développe des tee-shirts et gilets «intelligents» qui transmettent des informations relatives au pouls et à la respiration. La peluche «Teddy The Guardian», pourvue de différents capteurs, saisit une série de mesures auprès de l’enfant : température, saturation d’oxygène, niveau de stress ; ce sont des types d’objets appelés à se multiplier et à être relayés par des implants incorporés au sein des tissus biologiques, conduisant à terme à une évaluation permanente et « sans rupture de faisceau» de la physiologie humaine”.

Ces dispositifs conduisent à des applications de plus en plus nombreuses qui suggèrent des consultations ou diffusent des alarmes, inaugu­rant l’ère d’un corps connecté dont les variations sont publiées et examinées autant par les personnes elles-mêmes que par de multiples instances. Ces renseignemeents, émis par des millions d’individus sont récoltés par les cabinets médicaux, les hôpitaux, les pharmacies, qui dressent un panorama dyna­mique de la santé mondiale : il va être possible d’appréhender la localisation et les taux de densité des pathologies, les données épidémiologiques, leurs cadences de progression, ou encore l’efficacité ou les effets secondaires des médicaments. Ce foisonnement d’informations va permettre la mise en place d’un système d’assistance automatisé tel que celui développé par IBM qui procède en fonction de mots clés à une synthèse de la totalité des articles scienti­fiques en rapport mis en ligne. Programme qui a, par exemple, analysé mille cinq cents cas de cancers du poumon, en exploitant les dossiers médicaux et en analysant de millions de publications, ou qui grâce à ses capacités autoentreprenantes peut encore sug­gérer des traitements personnalisés par le suivi régulier des données d’un patient, recoupé à une connaissance évolutive de l’efficacité des thérapies.

La médecine du xxr’ siècle devient une science de l’information puisque basée sur une accumulation d’in­dications de tous ordres, qui determine de nouvelles connaissance et de nouvelles pratiques. Jusqu’à present, le domaine médical était composé d’une chaîne de compétences distinctes qui s’emboîtaient entre elles sans se confondre, for­mée en premier lieu des médecins et des hôpitaux, ensuite des industries pharmaceutiques et de fabricants de matériel pro­fessionnel et en dernier lleu du champ paramédical, avec des produits ou institut de cure et de bien-être. Désormais, une prolifération d’acteurs vient s’agréger pour mettre en place des protocoles connectés et des applications dites de santé mobile.

Dans ce contexte, les individus n’éprouvent plus la nécessité de systématique­ment consulter lors de l’apparition des premiers symptômes, car ils peuvent se rendre sur des plateformes dédiées offrant des in­terlocuteurs anonymes et procèdent, le cas échéant, à de l’auto­médicamentation en quelque sorte «subrepticement prescrite» par des entités qui s’érigent rn officines pharmaceutiques, récoltant, en meme temps, des masses de renseigne­ments de nature souvent confidentielle. En outre, une «conta­mination» à des champs extra-médicaux s’opère : par exemple, une applica­tion reliée à une paire de chaussures de sport peut, en fonction de résultats, suggérer des compléments alimentaires ou un séjour de repos, ou informer une compagnie d’assurance ou un cabi­net de recrutement. La connaissance des états physiologiques, tenue au sceau du secret conformément au serment d’Hippo­crate, glisse pour large partie en un champ de données ouver­tement partagé, exploité par un multiplicité d’Instances dans l’objectif prioritaire de monnayer des biens et des services ou d’instruire des décisions de tous ordres.

C’est une pénétration sans cesse approfondie dans l’intimité des personnes associée à une extension simultanée de la mar­chandisation de la santé qui s’effectue. C’est cette vérité qu’il faut saisir malgé les supposés vertus ou avantages. Du soin curatif épisodique on passe à un système permanent qui veut agir sur tous les aspects de notre santé en vue de réaliser l’utopie de la santé parfaite. S’instaure un BIO­HYGIÉNISME visant une gestion performancielle de soi. et, plus globalement, une optimisation économique et unee rationalisation crois­sante des sociétés. Après l’exemple de la santé, celui de la maison. Il s’agit de…

5.Maison connectée / enseignements en ligne

C’est la faculté d’agir à distance sur son domicile via son smartphone : le thermostat connecté qui autorise le réglage de la température, le réfrigérateur dont les articles sont dotés de puces mesurant l’état des stocks et dont le renouvellement peut être automatisé ou la balance et la télévision connectées ; autant de mécanismes qui conduisent à la suggestion de conseils ou d’offres ajustés. La maîtrise de la consommation d’énergie peut passer par systèmes robotisés de régulation de la distribution.

Alors que, historiquement, les personnes avaient droit à l’habeas corpus (les forces royales ne pouvaient s’introduire à l’intérieur d’un domicile sans l’autorisation d’un juge) ; là une multitude d’acteurs le pénètrent sans se rendre en son sein. Ce sont les produits consommés, les programmes de télévision consommés, les musiques écoutées, les sites internet visités, le poids et la physiologie des personnes, la présence ou non des habitants. L’abri de l’intime se défait, les murs ne sont plus que de façade.

Les enseignements en ligne permettent de suivre des cours filmés en direct ou enregistrés devant favoriser le désengorgement des amphithéâtres, une flexibilité des horaires, etc…

Il n’y a plus de relations sensibles entre professeur et étudiant.

En synthèse le régime numérique ne cesse de s’étendre dans tous les domaines de la vie visant un ordre général où rien ne doit échapper, où tout doit être repéré et catégorisé.

La quantification intégrale de la vie .

1. Masse et corrélation : une appréhension étendue des phénomènes

Google, en 2009, avait réussi à identifier et à suivre l’évolution d’une épidémie de grippe pen tappant des mots clés sur son moteur de recherche tels que médecin, médicament, pharmacie, congés maladie…

Ils étaient géolocalisés grâce aux adresses électroniques ce qui a rendu possible une statégie de repérage et de suivi permettant de dresser une cartographie des foyers de contaminationt ; l’impossibilité pour l’instant de déterminer la valeur de l’information fait dire à la CIA : « dans l’attent de pouvoir relier toutes les données, on s’efforce de tout collecter : on s’efforce de tout enregistrer et de conserver les données pour toujours.

2 . Primauté du temps réel

Ce sont des évènements de plus en plus nombreux, de toute nature qui peuvent être « suivis à la trace » grâce à la célérité des processus de traitement : situation du trafic ou routier ou du réseau de transports, communications téléphoniques, navigation internet, comportement des consommateurs, localisation des personnes, conversations sur les réseaux sociaux ; il devient possible avec certains appareils, tel le scanner alimentaire de décrire la composition des aliments : nutriments, colorants, pesticides, métaux lourds. Ce peut être une transparence instantanée qui oriente en retour, positivement ou négativement, la décision d’achat ou de consommation.

Le temps réel réduit les seuils d’incertitude au profit d’appareils personnalisés. Il en est de même pour les sites de rencontre où les profils suggérés permettent de répondre à un niveau acceptable l’adéquation des personnes ; bien entendu et nous l’expérimentons les compagnies de distribution express de courrier ou de colis permettent de renseigner le niveau d’acheminement jusqu’à la livraison finale.

3. La mesure “quanto-qualitative” de la vie

La pratique de la statistique de mesurer des données se rapportant à un territoire, à sa population, à sa composition sociologique, à ses institutions, à ses équipements, à l’évolution des prix, aux maladies déclarées, aux délits commis, aux taux de suicides.

Les capteurs visent aussi non seulement les quantités mais aussi la qualité ; exemples :

Sur le plan quantitatif, le nombre de livres numériques comnandés auprès d’une plateforme en ligne, les cadences d’achats, le nombre de visites de site etc…

Sur le plan qualitatif, via par exemple une liseuse électronique, il sera possible de déterminer les durées de lecture, les moments de pause ou d’arrêt, les annotations, les signets, les passages surlignés.

Des domaines d’activités toujours plus nombreux sont soumis à des processus évaluatifs.

Les gestes d’un automobiliste sont captés pour déterminer les fréquences d’utilisation du véhicule, les trajets parcourus, les arrêts effectués dans une station-service, les programmes audio écoutés, le respect ou non du code de la circulation, le niveau général de conduite, de l’attention, des réflexes.

L’instauration de la télévision connectée permet une appréciation précise et fiable portant sur les programmes visionnés mais également sur les durées, les changements de canal, l’enregistrement des préférences personnalisées étendues à tous les utilisateurs d’un même canal.

Cette récolte d’informations massives fait l’objet de recoupements qui permettent de « laisser la vérité du moment se découvrir »

Ainsi, et par exemple, il a été constaté que des bouchons de circulation, formés sur certaines zones en fin d’après-midi étaient prolongés, le soir même, par une désaffection sustantielle de la fréquentation des sites de rencontre. Il y a là un rapprochement avéré entre deux faits apparemment sans rapport mais qui a révélé que les conducteurs de véhicules soumis à ce cas de figure, par manque de temps, de disponibilité ou par fatigue ne se sentaient pas dans les conditions favorables pour se livrer à ce type d’activité.

Les bracelets, les chaussures et autres tee-shirts connectés, etc… témoignent de l’activité sportive, de l’hygiène générale, des habitudes alimentaires, de la qualité du sommeil. L’équipe allemande de football, championne du monde en 2014, a déterminé des stratégies de jeu en fonction des qualités propres de chacun de ses membres ainsi que de celles des équipes rencontrées.

4. Généralisation du système prédictif

Les données veulent agir sur le futur que ce soit dans le domaine sécuritaire, le marketing, le champ thérapeutique, la finance, l’octroi de prêts bancaires, les calculs de montant d’assurances, la maintenance, les systèmes de sécurité dans les véhicules de transport…

Le concept de sécurité prédictive veut devancer les risques avant qu’ils ne se produisent éventuellement ; C’est ainsi que des « logiciels précognitifs » ont vocation à faire avorter les violences urbaines avant qu’elles ne surviennent.

Des murs video exposent les points chauds d’une ville et affichent, sous la forme de diagrammes dynamiques les prévisions d’infraction.

Dans le domaine de la santé, et à partir de nombreuses sources, le système cherche à identifier les femmes enceintes. La marque de distribution Target cherche à identifier les femmes enceintes dans l’objectif de leur proposer avant l’accouchement des produits pour nouveau-nés. C’est aussi l’ouverture d’une liste de cadeaux dédiée à la naissance, l’achat d’une crème sans parfum conseillée dès le 4ème mois de grossesse, et des suppléments alimentaires appropriés aux différents stades. Modalités qui ont conduit à un scandale lorsqu’un père découvre des produits pour nourrissons envoyés à sa fille mineure et qui se révéla effectivement enceinte.

Il est possible aussi de détecter 15 jours à l’avance la formation d’épidémies (par exemple de cholera à Haïti).

Le département des pompiers de la ville de New York a mis au point un programme destiné à repérer, parmi le million d’immeubles que compte l’agglomération, les logements où les incendies seraient le plus susceptible de se produire ; Le système croise 60 facteurs de risques à partir de données provenant de différents services municipaux portant sur l’ancienneté des habitations, le niveau de vie des résidents, le taux de criminalité du quartier et bien d’autres critères.

C’est le marketing qui ne cesse de suivre et d’interpréter toujours plus précisément le cours évolutif des existences jusqu’à proposer des offres non seulement supposées accordées aux désirs mais davantage aux aspirations enfouies et non encore formulées. Plus largement, c’est une extension du régime prédictif à tous les domaines de la vie qui s’opère.

IV La normativité algorithmique

2.L’ère du sur-mesure algorithmique

Le retargeting (Le retargeting est une pratique publicitaire qui consiste le plus souvent à cibler un individu qui a visité un site Internet, mais pour lequel il n’y a pas eu achat ou transformation lors de cette visite). est donc une technique récente fondée sur la récolte de traces numériques traitées par des algorithmes en vue de permettre aux entreprises de rediriger vers elles les personnes ayant fréquenté leur site mais n’ayant pas réalisé d’opérations ou qui auraient effectué des achats sans être revenues ensuite. Chaque comportement est analysé : durée des visites, pages vue, degrés estimés d’hésitation, commandes effectuées, mesure des retours. Il s’agit de dégager un intérêt individualisé identifié et un objectif commercial déterminé. C’est un principe qui correspond exactement à du sur-mesure algorithmique » qui spécifie les aspirations, les laisse s’exprimer, déploie des stratégies adaptées pour vendre.

L’entreprise dispose alors d’une gigantesque base de données qui permettra de satisfaire le goût majoritaire des consommateurs et à capter leur attention. Un magasin à New York a expérimenté la technique qui géolocalise le client alors qu’il se trouve dans le magasin et qui via les smartphones signale simultanément des offres correspondant au parcours. Le PDG explique : « nous pouvons voir où une cliente est restée debout, si c’est devant un sac à main et si elle n’a pas acheté nous pouvons lui envoyer une suggestion personnalisée ».

Une autre technique consiste à s’adresser personnellement au consommateur. Ainsi « vous reconnaitrez un siège Airbonne à ceci : « quand vous vous asseyez, c’est toujours dans VOTRE fauteuil, dans VOTRE chaise, dans VOTRE canapé avec cette impression confortable d’avoir un siège taillé à vos mesures » au gré d’interprétations algorithmiques sans fin relancées.

La société La Redoute envoyait son catalogue chez les particuliers et elle attendait de recevoir leurs commandes pour découvrir ses produits les plus populaires. Aujourd’hui elle met ses références en ligne et il peut savoir en temps réel quel client est allé sur son site, qui a cliqué sur tel ou tel produit et combien de temps un consommateur a passé à lire une page particulière ; cette collecte de données au distributeur d’offrir à chaque consommateur le produit qu’il souhaite au moment qui lui convient le mieux. D’une adaptabilité occasionnelle, nous sommes passés à une modularité continuelle

Autre exemple : le body scanner digital installé à l’intérieur de cabines d’essayage qui numérise les silhouettes et propose des offres ajustées à la physionomie et aux goûts catalogués des clients, de surcroît immédiatement visibles sur des écrans intégrés. Tout concours a répondre au vœu du client sachant que la vraie technique saura réserver une apparence de liberté, de choix et d’individualisme qui satisfasse les besoins de liberté, de choix et d’individualisme de l’homme dans la réalité chiffrée.

3. La « libre » quantification de soi

La sophistication croissante des capteurs, associée à la baisse régulière de leur coût a favorisé l’émergence de bracelets, de patchs, de montres à porter sur soi durant un exercice ou tout au long du quotidien qui permettent d’estimer les distances parcourues, les calories dépensées, le nombre de minutes actives au cours de la journée, les pulsations cardiaques, la qualité du sommeil. Tout cela est censé participer à la conservation d’une bonne santé mais cela conduit à se plier à des normes externes et à entretenir un sentiment de vulnérabilité (fragilité inquiète qui cherche à se prémunir de ses déficiences).

Celles-ci conduisent à rechercher du soutien, de l’aide au réconfort, générant des messages de félicitations, d’encouragements, d’empathie.

Aux Etats-Unis, certaines compagnies d’assurances réfléchissent à intégrer des objets connectés à leur offre et à moduler leurs tarifs en fonction de ces efforts…

En outre, de plus en plus d’entreprises proposent d’équiper leurs salariés..

5. La privatisation de l’attention

Les lunettes connectées s’incorporent avec légèreté au visage pour exposer sur un des verres des textes et des images. Le dispositif consiste à percevoir sur l’un des deux yeux des informations qui peuvent provenir de l’internet par commande vocale ou manuelle mais surtout consiste à afficher toutes sortes de renseignements adaptés à chaque être sans intention préalable de sa partqq. Ainsi (exemple) : « repérer une robe dans la rue, la prendre en photo grâce à Google Glass, se voir proposer l’équivalent dans la collection Kiabi et recevoir une liste de propositions sur son smartphone pour passer commande en ligne et retirer l’article en magasin. Voici la nouvelle expérience shopping que propose l’application Kiabi look, développée spécifiquement pour les lunettes connectées de Google par la société rennaise Niji.

Ainsi, tout est fait pour nous faire prêter attention définie par des algorithmes.

La possibilité de reconnaissance faciale qui autorise l’identification immédiate des personnes mais également la consultation des informations les concernant. Les Google Glass, à la différence des lunettes de soleil et de leurs verres teintés dissimulant le regard, permettent de saisir, via une commande imperceptible et en toute discrétion des images des personnes et de les poster aussitôt. Toutes ces possibilités génèrent une réserve infinie d’offres, prioritairement commerciales, indéfiniment modulées et tendues vers l’individu-consommateur. Tout cela affaiblit la notion de spiritualité définie comme cet esprit commun qui unit ou oppose les êtres.

V. De la surveillance numérique au Data-Panoptisme.

1. La vérité NSA du monde

Le 5 juin 2013, le quotidien « the Gardian » révélait sur son blog que l’Agence de Sécurité Nationale (NSA) bénéficiait d’un accès limité aux données de Vérizon, un des principaux opérateurs téléphoniques et fournisseurs d’accès internet américain. C’est la première fois (avec l’accord de l’Administration Obama) que des données de communication de millions de citoyens sont collectées sans distinction et en masse, qu’ils soient ou non suspects.

Elle s’est dotée dans l’Utah d’un centre de stockage et de traitement de données capable de stocker l’équivalent de plusieurs décennies de communications mondiales ou d’analyser simultanément plus d’un yotaoctet d’informations. (1 000 000 000 000 000 000 000 000 octets).

C’est un processus de suivi et de mémorisation imperceptibles qui, malgré des digues

juridiques partielles, est amené à s’amplifier et à déterminer de part en part la marche du monde ou les conditions de son « bon » fonctionnement. Les capteurs vont contribuer à intensifier l’ampleur des données produites et témoigner de la quasi-totalité des gestes du quotidien autant que des mouvements de la société dans leur ensemble.

2. Un témoignage intégral de la vie

Mais il faut noter qu’à terme, la possibilité même de l’utilisation des objets sera conditionnée au traçage et à la mémorisation des actes menés par de multiples tiers. Par example, la Google Car ou d’autres voitures conçues pour assurer une prise en charge automatisée de la conduite, appelées d’ici la fin de la deuxième décennie du XXIème siècle à être mises sur le marché, procéderont systématique­ment à la reconnaissance des passagers montant à bord, à la collecte des données relatives aux trajets, aux activités déployées à l’intérieur, telles que la lecture sur tablette, l écoute de musique ou le visionnage de films, ou celles déployées en cours de route : arrêt à une station-service, pause dans un restaurant, courses dans un supermarché. Dispositif qui non seulement représen­tera la base d’un nouveau type de savoir sur les personnes, possiblement corrélé à d’autres informations, et qui supposera encore que la mise en marche même du véhicule sera indisso­ciable d’un suivi continuellement évolutif, qui déterminera encore l’approbation ou non des ordres par les processeurs.

“L’avancée des technologies de l’information telle qu’in­carnée par Google annonce la fin de la vie privée pour la plupart des êtres humains et entraîne le monde vers le totalitarisrne”. Formule prononcée par Julian Assange, (Julian Paul Assange, né le 3 juillet 1971 à Townsville, est un informaticien et cybermilitant australien, naturalisé équatorien le 12 décembre 20171. Il est surtout connu en tant que fondateur, rédacteur en chef et porte-parole de WikiLeaks). Nous n’avons pas ici affaire à un totalitarisme, entendu comme un mode autoritaire et coercitif d’exercice du pouvoir, mais à une sorte d’accord tacite pour que les individus soient reliés à des milliers d’entités chargées de les assister continuellement sans exclure la monetisation de ces échanges.

3.La vie publicisée

Il y a un désir de préserver sa vie privée mais parallèlement il y a une idéologie de l’expressivité, qui appelle à multiplier la publication en ligne de commentaires et d’images personnels (domestiques et familial)

La vie privée s’effrite glissant de ce qui pouvait être maintenu en droit à l’abri du regard d’au­trui ou de l’attention sociale, vers une exposition délihérée de soi, par l’intermédiaire de commentaires ou de photographies relatifs à son travail, à ses intérêts, à ses états d’âme, à ses vacances, à ses enfants, à la décoration de sa chambre à cou­cher, etc. Elle prend maintenant la forme d’une vie publiée. Le paradoxe est que ces informations personnelle sont captées et s’ajoutent à celles qui ne sont pas liées à votre volonté.

4.La subjectivité partagée

Au cours des années 2000 fut conçu au Japon un système permettant aux parents de localiser en permanence leur progéniture (de les visualiser sur de petits écrans) ; ce système pouvait aussi déclencher un signal si un enfant dépassait les limites d’une zone définie.

Dans un esprit analogue, une montre spécifiquement conçues pour les enfants, les encourage, en cas de danger (ou d’égarement) à déclencher des appels auprès de toutes les personnes autorisées.

De ce mode de surveillance, on est passé à l’instauration d’une exposition consentie de dimensions de l’existence qui relevait jusque-là du domaine privé.

La prolifération des capteurs va étendre la connaissance par des proches, des faits et gestes. C’est la multiplication d’objets connectés au sein de l’habitat qui conduira à la connaissance sur place ou à distance des pratiques domestiques (usage de la machine à laver ou de la cuisinière, produits consommés, actions menées dans le domicile, identités des personnes présentes. L’habitat qui assurait, autant que possible, l’intégrité de chacun au sein d’un même ensemble, se défait au profit d’une vie mutualisée.

Ainsi, plus rien ne résiste à l’ambition d’être informé, à volonté et en vue de diverses fins, de la vie de tout être humain.

6. Le suivi des mouvements anonymes du monde

Grâce aux mobiles, SFR a pu suivre la densité et les flux de population : évaluation du nombre de visiteurs au Festival de Cannes, le nombre de passagers ayant pris un train à la Gare Montparnasse, des lignes du métro parisien selon l’heure de la journée, la capacité de définir la provenance des clients visitant un centre commercial ou un supermarché. La plupart des grandes Institutions publiques et privées détiennent des informations relatives aux personnes et à leurs activités qui sont utilisées en interne mais aussi peuvent être monétisées. Elles sont capables de suivre en temps réel les déplacements, les localisations, les achats, les fréquentations d’évènements culturels, sportifs, politiques, le développement d’épidémies ou même les grilles relationnelles entre personnes.

VI. Le techno-pouvoir

1. L’Open Data : la politique joystique

Les relations historiques entre le pouvoir et la technologie sont marquées depuis les débuts de la révolution industrielle par des rapports de force mais à notre époque (1990), il se produit, de façon insidieuse, une alliance d’un nouveau genre entre politique et technique : la suprématie sournoise mais décisive de la seconde vers la première.

2. Ethos du techno-pouvoir

(L’ethos (ou êthos, du grec ancien ἦθος ễthos, pluriel ἤθη ếthê) est un mot grec qui signifie le caractère habituel, la manière d’être, les habitudes d’une personne).

Ce techno pouvoir ne représente pas une instance qui gouvernerait la politique intérieure ou e xtérieure d’une nation. Ce sont des hommes qui déterminent la conduite d’autres hommes mais jamais de manière exhaustive ou coercitive. Cela se passe de manière imperceptible, c’est sous des contours avenants et séduisants que se déploie la pleine puissance du techno pouvoir. C’est une nébuleuse globalisée et hétérogène, qui est toute discrète : elle n’affiche pas son nom mais elle est affublée de noms tels que Google, Microsoft, IBM, Oracle, Apple, Amazon, Facebook, Twitter, Netflix, Alibaba, Baidu, Samsung… il s’agit en permanence de créer de nouveaux produits, à des cadences sans cesse accélérées, érigeant la rupture permanente comme le principe de sa philosophie, c’est-à-dire de rendre caduques les produits existants. Ainsi, l’Iphone mis sur le marché en 2007, l’Ipad, trois ans plus tard, puis les google glass, avec pour objectif l’accroissement incessant du profit des dirigeants et de celui des actionnaires. Google avait déclaré en 1990 vouloir « organiser toute l’information du monde ». Il impose au monde ses innovations tout en sachant qu’elles peuvent susciter des réactions ; ainsi, la cour euroépenne de Luxembourg qui, par sa directive en mai 2014, a obligé Google à se plier à la règle du droit à l’oubli. Le techno pouvoir méprise le pouvoir politique, refuse tout encadrement. Son rayon d’action : le monde, la terre, le ciel, l’espace, jusqu’à l’intérieur du cerveau. Il instaure de nouveaux modes d’existence, de nouveaux comportements, de nouveaux environnements ludiques. Il est d’allure cool et avenante. Ainsi, la mode vestimentaire est, depuis les années 1970, faite des mêmes oripeaux : tennis, jeans, t-shirt, sweat-shirt à capuche.

Il s’incarne dans des figures charismatiques, il cherche à sidérer à chaque innovation et rupture. Il distribue ses prototypes à des groupes restreints de journalistes qui vont assurer, gratuitement une diffusion mondiale des informations glanées. Son pouvoir se situe dans les laboratoires de recherche animés par les rêves sans limite des ingénieurs.

3.La classe des ingénieurs

Si nous reprenons l’exemple de Google, leurs laboratoires ont la volonté ‘de changer le monde, voire de réaliser l’impossible » grâce à l’intelligence surhumaine de la technique et au pouvoir correcteur des nanotechnologes, c’est-à-dire une technique de la distance entre deux atomes.

Le centre de recherche californien, le Xerox PARC est, pour l’auteur, l’endroit d’où part l’essentiel de tout ce qui est techniquement faisable doit être réalisé.

Le tachnique ne supporte pas de jugement moral. Elle élimine de son domaine tout jugement moral. Elle tend à créer une morale technique tout-à-faire indépendante.

4.L’invisibilité du computationnel

Pour être plus séduisant et faire écran à sa part d’ombre, cette industrie numérique s’est rapprochée du « désigner high-tech » capable de séduire et de capter l’attention pour une expoitation commerciale de plus en plus intense.

5.Techno-pouvoir et idéologie de l’innovation.

L’innovation est devenue un véritable dogme. Elle impose une nouvelle économie du temps c’est-à-dire que les objets et les systèmes sont conçus selon des cadences indéfiniment ressérées un peu comme le rythme biologique qui fait continuellement se succéder l’obsolescence et le renouvellement des cellules. C’est le processus de destruction créatrice. Ainsi, un lit, une voiture ne s’achètent pas tous les ans mais le rythme frénétique que s’impose et qu’impose l’industrie high-tech va influence la consommation des individus.

Le désir de puissance est sans limite. Ainsi Google a la volonté de créer une plateforme artificielle au large du pacifique, en pleine mer donc, une zone franche libertarienne pour se libérer de toute règle et de toute fiscalité, projet résultant du processus d’innovation.

La servicialisation de tous les pans du quotidien conduit à une marchandisation généralisée de la vie. Elle est le résultat direct du processus d’innovation. Il faut noter l’impact écologique avec l’épuisement des terres rares en raison du recyclage insusffisant des produits et l’externalisation de leurs production dans des conditions de travail s’apparentant à une forme d’esclavagisme d’où la nécessité de voir se faire jour des digues juridiques, des contre-pouvoirs.

Il s’agit pour l’auteur d’un enjeu politique, éthique et civilisationnel majeur de notre temps.

VII Politique et éthique de la raison numérique.

1. Un parlement des données

Le politique s’est effacé en ne prenant pas en compte la puissance progressivement gagnée par le numérique. Il faudait l’établissement d’un « parlement des données » à hauteur nationale, européenne et mondiale se déployant de façon mutipolaire et en réseau au sein des divers parlements afin que cette activité numérique soit considérée comme une branche désormais décisive de l’élaboration législative, afin de procéder à des examens, à des auditions, à des évaluations. Il s’agirait de définir dans la contradiction des limites estimées infranchissables. Par exemple, la société Google a eu tout pouvoir pour entreprendre la numérisation de livres à grande échelle dont une partie était placée sous le régime de la propriété intellectuelle. C’est une nouvelle conscience politique, juridique et citoyenne qui doit émerger en vue d’un éclaircissement partagé et affirmé portant par exemple sur l’ampleur de la connaissance des comportements induite par la prolifération des objets connectés, sur les durées de conservation des traces numériques, sur la possibilité à tout moment de connaître leurs usages de les rectifier ou de les effacer, sur le consentement lucidement déclaré à les céder ou non à des tiers, sur l’impossibilité de les exporter vers un autre pays.

2. De la responsabilité du pouvoir politique

Celui-ci devrait favoriser des solutions du type : mise en place d’un statut juridique garantissant les « lanceurs d’alerte » quand ils signaleraient que des organismes publics et privés violent les principes auxquels ils devraient se soumettre.

Ce peut être la mise en place d’une plateforme spécifiquement dédiée aux lanceurs d’alerte qui viendraient apporte leur témoignages et transmettre leurs documents se faire connaître. L’enseignement scolaire et universitaire devrait pouvoir favoriser un rapport informé et critique entretenu à l’environnement numérique.

Il faut en finir avec le réflexe fonctionnaliste consistant à suivre le cours supposé inéluctable de l’histoire et à introduire de façon brusque et massive des tablettes numériques à l’école primaire et au collège.

Il faut considérer que cela entraîne une dispersion de l’attention, favorisée par la multiplicité de faonctionnalités intégrées à un même terminal ; (traitement de texte, navigateur internet, messagerie, jeux…) sans compter l’impact sur la santé physique et mentale (obésité, troubles psychiques et addictions, réduction de l’espérance de vie. L’auteur met en exergue l’intérêt, les vertus du ducument papier.

Il plaide pour que le politique ne capitula pas devant le pouvoir extrême du techno-pouvoir. Dans le sens de l’Esprit des Lois de Montesquieu, il revient, au-delà des seules instances représentatives, aux citoyens et à toutes les forces de la société d’opposer de salutaires rapports de force autant que de dessiner et d’expérimenter une multitude d’autres schémas possibles.

3. « L’Odyssée de la réappropriation ».

Il est urgent de fabriquer de nouvelles formes de contre-culture permettant de s’ouvrir à la pratique de la critique

Des pratiques plus radicales ont été préconisées. Contre cette rationalité de l’existence, Max Weber (économiste et sociologue allemand) n’apercevait de salut que dans la liberté irrationnelle, totale, qu’il revendiquait. De même Henry David Thoreau (philosophe naturaliste américian) avait refusé radicalement refusé le mode de vie induit par l’expansion de la civilisation industrielle, ayant décidé d’aller vivre en pleine nature et de résider dans une cabane qu’il s’était lui-même construite au bord de l’étang de Walden dans le Massachussetts. D’autres ont interrompu toute connexion durant de longues périodes, souffrant dans un premier temps de sevrage et éprouvant par la suite la singulière sensation de « vivre pleinement », de ne plus être continuellement branchés à des serveurs ou soumis à la sempiternelle attente de messages d’autrui.

4. Une éthique de la techné contemporaine

Une décorrélation s’est maintenue entre la technique et l’éthique comme si la fascination exercée par les inventions humaines depuis la Chine ancienne, la Grèce antique, durant les Lumières et jusqu’à nos jours avait occulté la portée de leurs incidences humaines.

L’étendue des perspectives économiques offertes par les techniques de rationalisation industrielle et de télécommunications depuis le XXème siècle a contribué à accentuer cette disjonction sans compter que les profits gigantesques, virtuellement inépuisables, l’a comme définitivement entérinée. Serait-ce le moment précisément de pointer cet enjeu civilisationnel et de mesurer ces technologies à l’aune des exigences éthiques ?

Bill Gates lui-même s’était inquiété du manque de réflexion en ce qui concerne les conséquences de la fusion entre intelligence artificielle et robotique estimant que les automates devraient d’ici 2035 remplacer la majeure partie des métiers jusqu’aux professionnels de santé. Mener une réflexion éthique à l’égard de l’innovation ininterrompue consiste à affirmer, au moment de la gestion algorithmique de tous les champs de la vie, la capacité humaine à agir, à ne pas se laisser emporter passivement par la surpuissance de systèmes initialement conçus par quelques milliers d’individus en vue d’assouvir leurs intérêts particuliers.

Conclusion – Une anthropologie de l’exponentiel.

Eric Sadin fait une chronologie historique des techniques informatique qui montrent que les volumes faibles traités au départ s’amplifient et s’accélèrent continuellement de manière exponentielle.

Il est impératif de développer des pensées ne s’alignant pas sur le principe de la destruction créatrice perpétuelle ». L’individu ne doit pas se soumettre aux lois d’une structure marchande par le biais d’une technique qui s’insinue partout aurait renoncé à toute énergie politique. Cette technique va jusqu’à donner délégation à des robots numériques pour procéder à des actes d’achat ou de vente à chaque milliseconde, celle jugée la plus opportune. Cette aptitude à traiter des masses de données à des vitesses infiniment supérieures à nos capacités cérébrales induit de facto une asymétrie de compétence.

Le risque est grand de voir la place de l’être humain, autant que sa liberté, être amoindries par des algorithmes visant systématiquement l’optimisation de toute situation et conduisant à une mémorisation de tous les actes de la vie. Nous en revenons au descriptif de l’introduction. Acceptons-nous d’être toujours plus intégralement régentés par ce mouvement qui s’intensifie et se perfectionne à des vitesses exponentielles ou sommes-nous décidés à opposer des logiques fondées sur de tout autres exigences aptes à favoriser la faculté humaine de libre choix et la subjectivation des existences ?

Il s’agit là d’un enjeu et d’un défi pratique décisifs qui est appelé à déterminer la nature de notre présent et déterminera celle de l’humanité à venir. Il implique un combat politique, éthique et civilisationnel majeur de notre temps.

Eric Sadin

écrivain, philosophe français né en 1973 ; 

Il est intervenant régulier à Sciences Po Paris, et intervient dans de nombreuses universités et centres de recherches en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Il a été professeur à l’école supérieure d’art de Toulon, et visiting professor à l’ECAL de Lausanne (ECAL/Ecole cantonale d’art de Lausanne) et à l’université d’art IAMAS (Japon). 1L’Institut des arts médiatiques et des sciences de pointe est souvent désigné par son abréviation “IAMAS”. Un établissement d’enseignement supérieur fondé pour explorer la fusion de l’innovation technologique et de la création artistique